Le Martyr de Copper Creek


Univers de la campagne : Contemporain

Système de jeu : Chroniques Oubliées

MJ : Meneur2Jeu

Nombre de joueurs : 6

Rythme :

Standard (1 post / 3 jours)

Exigence :

Standard (action décrite correctement, quelques pensées, ...)

Juillet 1998

 

Les étés sont toujours un peu tendus à Shreveport, troisième cité de Louisiane, carrefour de l’Ark-La-Tex (le point de rencontre de l’Arkansas, de la Louisiane et du Texas). Les jeunes désoeuvrés et désargentés de la paroisse de Caddo (en Louisiane, il n’y a pas de comtés, mais des paroisses) montent en ville à la recherche d’amusements faciles, mais surtout de problèmes. Pour payer leur alcool, leur drogue et autres virées, ils sont prêts à commettre tous les petits larcins (du vol à main armée au cambriolage). Ce faisant, ils stressent tous les autochtones. Les gangs locaux craignent pour leur business habituel, et les forces de l’ordre, en sous-nombre en raison des vacances, ont toutes les peines du monde à courir après les délinquants saisonniers.

Le contexte est propice aux bavures. L’une d’elles a été mortelle et filmée. Une équipe de journalistes se trouvait sur place lorsque l’adjoint du shérif, Jedd Cern, a tiré sur Joshua Bennet, alors que ce dernier avait les bras levés et bien en vue. Pire, le jeune homme, éducateur dans une école pour enfants abandonnés, venait de recevoir un prix de la mairie pour le remercier de ses services. Encore pire, si c’était possible, dans la vidéo retransmise presque immédiatement en direct, on entend clairement l’officier Cern déclarer, juste après avoir tiré : « Un Négro de moins ».

 

Dix ans plus tôt, la ville s’était déjà enflammée lorsqu’un dealer noir avait été abattu par une cliente blanche et qu’un gamin avait été tué d’une balle, alors qu’il ne faisait que manger dans un restaurant. Personne n’avait oublié. Bien au contraire. Le retour de flamme a été terrible.

  

Quatre jours ont passé depuis la mort de Bennet. Quatre jours que la ville brûle malgré tous les appels au calme. La population afro-américaine, mais pas seulement, est dans la rue et organise nuit et jour des rassemblements géants. Les manifestants viennent de toutes les villes voisines, même de Dallas. C’est finalement la décision du bureau du procureur qui a fait exploser une situation déjà tendue à l’extrême à cause de la vidéo du meurtre. Le procureur a en effet décidé que, pour assurer la sécurité du policier Cern, ce dernier ne serait pas incarcéré. Il fallait avant tout poursuivre l’enquête avant de pouvoir l’arrêter et l’inculper officiellement. En attendant, il serait transporté avec sa famille dans un endroit tenu secret.  La cachette de Cern, pas très judicieusement choisie, fut aussitôt découverte et prise d’assaut. L’adjoint fut évacué in extremis et transféré au commissariat central. La foule en colère encercla le bâtiment, empêchant quiconque de sortir. Les hélicoptères tentant une approche furent systématiquement criblés de balles. L’intervention de la Garde Nationale dans les quartiers les plus agités ne fit qu’aggraver la situation, la population ripostant à l’arme automatique. Simultanément, deux gangs, les Crips et les Bloods, arrivèrent par convois de Los Angeles (les gangs de Shreveport étant historiquement liés à ceux de Californie) pour prêter main-forte à leurs frères et en profiter pour régler quelques comptes avec la concurrence. Bien entendu, les gangs suprématistes se sentirent obligés de débarquer à leur tour, s’alliant avec des Bikers et menaçant de se faire eux-mêmes justice, c’est-à-dire, pendre quelques noirs pris au hasard. Toutes les voitures des forces de l’ordre sont, au mieux, la cible de jets de pierres, mais le plus souvent de tirs de balles. Les renforts venus de Bossier doivent contourner l’agglomération parce que les ponts qui enjambent la Red River sont bloqués par les manifestants et certains quartiers sont tenus par les émeutiers. 

 

 

Les personnages

Taylor McNab (Flic de la Crim’)

Vingt ans de maison et des valises tellement chargées que vous avez renoncé à grimper à l’échelle hiérarchique. Pendant longtemps, vos supérieurs ont fermé les yeux sur vos petites affaires et vos mauvaises habitudes, un penchant pour les interrogatoires musclés et un autre pour la bouteille. Vos méthodes étaient sales, mais efficaces. Et puis, à force de patauger, vous vous êtes enfoncé dans la fange et même les petites racailles ont commencé à vous regarder de haut.

À la Criminelle, on parle de vous au passé et, au mieux, le capitaine Rogers vous ignore. Vous faites du gras à votre bureau, surfant sur des sites pornos, perdant des fortunes sur les combats de chiens. Vous ne prenez même plus la peine de taper des rapports que personne ne lira.

Les émeutes qui touchent la ville depuis la mort du gamin noir ne vous  surprennent pas. Non que le destin de ces racailles vous émeuve, mais depuis des décennies, les gros pontes de la mairie ignorent les problèmes de violence, de drogue ou simplement de chômage des quartiers pauvres. Les flics ont moins de moyens et on leur demande plus de chiffres. Alors, il n’y a pas de miracle : il faut taper plus fort et à un moment, ça casse. Mais cette fois, c’est vraiment grave et lorsque vous sortez, vous prenez bien soin de planquer votre badge et votre flingue. Même dans votre appartement miteux, vous baissez les rideaux et vous ne vous saoulez que lorsque vous êtes certain que tous les verrous sont bien enclenchés.

Cette fin d’après-midi a été pire que tout. Des gamins ont forcé la porte de votre garage et brûlé votre voiture alors que vous cuviez, incapable de répondre au téléphone ou à votre pager ou messager de poche. À trois heures, votre propriétaire a enfin réussi à vous réveiller, mais c’était trop tard. À la télévision, ils annonçaient que plusieurs postes de police étaient en feu et que la foule, malgré l’intervention de la Garde Nationale, assiégeait le commissariat principal. Furieux, vous avez essayé de vous y rendre, mais aucun taxi ne roulait en centre-ville (ou ne voulait prendre le risque de faire monter un flic). C’est à ce moment que vous avez reçu l’ordre d’appeler le central. Une standardiste hystérique vous a hurlé de vous rendre au 2400 Copper Creek Drive où des appels au secours semblaient avoir été entendus. Des collègues d’autres départements devaient vous retrouver à cette adresse. Vous avez décidé de prendre le bus et de marcher le reste du trajet. C’est en arrivant sur place que la pluie a redoublé de violence… 

Adam Walsh (Patrouilleur)

Fraîchement sorti de l’académie avec votre meilleur ami, Jack Santino, vous n’avez pas anticipé un tel déchaînement de violence pour vos débuts. Vos collègues vous appellent « le bleu » et vous ne pouvez leur donner tort. Chaque sortie du poste pour patrouiller est une aventure. Chaque porte d’appartement que vous forcez pour calmer un couple alcoolisé ou drogué débouche sur de nouveaux problèmes qu’on ne vous a pas appris à gérer à l’école. Vous ne comptez déjà plus les uniformes couverts de vomi ou déchirés, les balles qui ont sifflé à côté de votre oreille ou les insultes nouvelles. Pourtant, vous pensiez en connaître un bon lot, l’essentiel des membres de votre famille appartenant aux forces de l’ordre.

Cela n’a aucune importance, car vous savez que chaque nouveau jour vous oeuvrez à l’amélioration de la situation et du futur de votre femme, Kay, et de votre bébé à naître. Votre combat est dur, mais juste.

Vous savez aussi que votre collègue, que vous ne connaissez pas personnellement, a fait une terrible erreur en tirant sur ce jeune. Sous la pression, il est possible de faire des choses regrettables. Il doit en subir les conséquences, mais en un sens, vous le comprenez, comme toute personne confrontée au quotidien à ce genre de situation.

Toute cette récente violence est complètement incompréhensible et disproportionnée. Avec Jacko, vous avez échappé à deux embuscades en centre-ville, du jamais vu ! Et lorsque le commissariat principal a été attaqué par les manifestants, vous n’avez pas pu rejoindre les lieux pour prêter main forte aux collègues, même avec l’intervention de la Garde Nationale. Vous avez été envoyé au 2400 Copper Creek Drive, où des appels au secours ont été entendus en provenance d’un pavillon. Des collègues d’autres départements seraient également en route, ce qui prouve la désorganisation totale des services. Et comme pour ajouter à la poisse de cette fin de journée, la pluie redouble de violence lorsque vous arrivez sur place avec Jacko…  

Jack “Jacko” Santino (Patrouilleur)

Contrairement à votre « frère d’armes », Adam, vous n’avez pas la police ni la justice dans le sang. Loin de là. Certes, vous ne venez pas d’une famille de mafieux, comme vos « chers collègues » aiment à plaisanter, mais, lors de votre quatorzième année, vous vous êtes retrouvé face à un juge qui vous a donné le choix entre la prison pour adultes et une école militaire suivie de l’académie de police. Était-ce vraiment un choix ? C’est en apprenant à devenir flic que vous avez rencontré Adam. Vous l’aimez bien (vous aimez encore plus sa femme Kay) mais son idéalisme vous consterne parfois. Vous avez un job à faire et la manière importe peu. Si vous pouvez, en plus, en tirer quelque chose, c’est encore mieux. Pour le moment, comme tous les « bleus », vous patrouillez gentiment, vous restez correct, administratif, propre sur vous, sauf quand un clochard vous vomit dessus mais, discrètement, vous prenez aussi vos marques, vous repérez les dealers à protéger, les gangs à laisser tranquille et les collègues dont il faut se méfier. 

La situation actuelle en ville n’est pas bonne pour le commerce. Mais du chaos peuvent naître des opportunités. Et, en échappant aux embuscades tendues par des gamins en colère, vous gardez un oeil ouvert sur les éventuels changements dans l’équilibre du pouvoir en ville. Vous faites aussi attention à votre copain, Adam, qui est dans son petit monde tout blanc tout noir. Vous ne voudriez pas qu’en partant dans l’une de ses croisades, il vous mette en danger, vous ou vos projets.

Par exemple, aujourd’hui, vous avez dû le forcer à vous confier le volant, car il voulait rejoindre le commissariat principal, assiégé par des centaines d’émeutiers malgré l’arrivée de la Garde Nationale. Ensuite, il a voulu foncer dans une barricade pour empêcher des pilleurs de mettre le feu au poste 22 (qui avait été, de toute façon, évacué). Isolés des autres patrouilles par les mouvements des gangs, vous avez été envoyés au 2400 Copper Creek Drive, où des appels au secours ont été entendus en provenance d’un pavillon. Des collègues d’autres départements sont également en route, ce qui prouve bien la désorganisation totale des services. Et comme pour ajouter à la poisse de cette fin de journée, la pluie redouble de violence lorsque vous arrivez sur place avec Adam…

Porthia Ryes (Flic des Stups)

Le respect. Vous ne le demandez pas. Vous l’imposez. Petite dernière d’une fratrie de dix, vous avez rapidement appris à encaisser les coups, mais aussi à les rendre. Des années d’entraînement sur le ring y ont veillé (vous avez même été en équipe olympique de kickboxing). On vous appelle la « teigne ». Ceux qui vous cherchent vous trouvent. Généralement, aux Narcotiques où vous bossez, vous tenez le rôle du mauvais flic. Les gros lourdauds ne ricanent plus après quelques minutes d’interrogatoire en tête à tête. Ce qui fait de vous une bonne détective, c’est votre désir de protéger. Vous ne jugez pas les junkies, mais vous n’avez aucune pitié pour les dealers. Chaque gamin que vous sortez de la rue est une petite victoire personnelle et secrète.

Ce qui se passe en ville en ce moment ne vous étonne pas. Depuis des années, les municipalités successives ont laissé pourrir la situation, construisant au rabais des terrains de baskets à la place de bibliothèques, laissant les communautés gérer violemment leurs conflits au lieu d’intercéder. Ce pauvre gamin n’a pas été le premier à prendre une balle. Il ne s’agissait pas non plus du premier acte raciste de la part d’un uniforme. Mais sans vraiment que personne ne sache pourquoi, cet événement a fait exploser la poudrière. Avec quelques collègues, vous avez été réquisitionnée pour protéger une annexe de la mairie, où les fonctionnaires des postes 15 et 17 se sont rabattus lorsque leurs locaux ont été incendiés. Quand les émeutiers sont arrivés, vous avez été séparée et vous avez dû vous replier vers un quartier plus calme. C’est à ce moment que vous avez reçu l’ordre de répondre à un appel à l’aide non loin. Des cris ont été entendus dans un pavillon au 2400 Copper Creek Drive. Des collègues d’autres départements sont également en route, ce qui prouve bien la désorganisation totale des services. Et comme pour ajouter à la poisse de cette fin de journée, la pluie redouble de violence lorsque vous arrivez sur place…

 

Miles Dreyfus (Flic de la Crim’)

Bien entendu qu’il y a du racisme dans la police ! Si vos collègues ne tapaient pas sur du Latino, ça serait sur du Négro. Et si les Négros n’étaient pas là, les Ritals, les Rouquins ou les Juifs, comme vous, seraient les nouvelles cibles. Le Meltingpot, c’est de la connerie et la ville paye chèrement d’avoir négligé si longtemps sa jeunesse. Que croyaient les maires successifs ? Que les gangs allaient disparaître par enchantement ? Que les pauvres allaient creuser et trouver de l’or dans les ghettos ? Élevé dans l’orthodoxie juive, vous avez toujours su rester discret, vous fondre dans la foule, entrer dans le moule. Mais cela ne vous a pas empêché d’observer, d’étudier, d’analyser et parfois de juger. Vos collègues de la criminelle vous trouvent froid, calculateur et cul serré. Bien entendu, vous feignez d’ignorer les blagues antisémites et vous faites votre boulot de liaison (communication interne) avec les autres services le plus sérieusement possible, préparant silencieusement les concours pour entrer au FBI, plus précisément au sein de la cellule d’analyse du comportement.

Vous saviez que la situation allait dégénérer tôt ou tard, mais vous ne pensiez pas que la brutalité atteindrait ce niveau. Des postes de police ont été incendiés, le commissariat principal, où vous travaillez normalement, est en ce moment même assiégé par une foule d’émeutiers malgré l’intervention de la Garde Nationale. Incapable de vous y rendre, vous êtes resté chez vous à regarder la ville brûler aux informations télévisées. Lorsque le téléphone a sonné et qu’une standardiste au bord de l’hystérie vous a ordonné de vous rendre au 2400 Copper Creek Drive, vous avez presque été soulagé, même si avez vu à la télévision que des gangs saccagent le coin et qu’il faudra donc être discret. Des collègues d’autres départements sont également en route, ce qui prouve bien la désorganisation totale des services. Et comme pour ajouter à la poisse de cette fin de journée, la pluie redouble de violence lorsque vous arrivez sur place…

Nola Nugent (Bleue du SWAT)

Lorsque vous avez présenté votre dossier pour entrer dans le SWAT, ils ont souri. Lorsque vous avez démonté puis remonté votre arme de service en quelques secondes et montré vos scores au stand de tir, les rictus se sont crispés. Une femme dans une section d’assaut ? Impossible. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que s’ils ont été forcés de vous accepter sur le papier, sur le terrain, ils vous ont fait payer chèrement votre « outrecuidance ». Trois mois à subir les blagues vaseuses, au mieux, les « erreurs » de douche, les horaires impossibles, toute la paperasserie et les entraînements plus durs que pour vos collègues. Rapidement, vous avez compris qu’il ne fallait pas attendre de soutien de la part de vos supérieurs. Le « Cap’ » vous a clairement dit qu’il se fichait de vos nichons, mais que votre présence signifiait pour son service des coûts supplémentaires (uniformes et armures pour femmes, vestiaires aménagés spécialement pour vous, etc.) par rapport à un rendement encore incertain. Mais vous avez serré les dents et continué.

Lorsque les émeutes ont commencé, vous étiez prête à l’action. Tous les gars ont été appelés pour empêcher que d’autres postes de police ne soient incendiés. Mais pas vous. Le « Serg’ » n’a même pas répondu à vos coups de téléphone. Une note sur votre bureau vous demandait simplement de préparer du café « pour les hommes » et de rester sagement là. Ils vous ont presque vaincue à ce moment, mais vous avez écrasé une larme de rage et vidé quelques chargeurs au stand de tir. À votre retour, votre téléphone sonnait et une standardiste hystérique du commissariat central (assiégé par les manifestants malgré l’intervention de la Garde Nationale) vous donnait l’ordre (à vous, par défaut, puisque vous étiez la seule présente) de vous rendre au 2400 Copper Creek Drive. Des cris ont été entendus dans un pavillon. Des collègues d’autres départements sont également en route, ce qui prouve bien la désorganisation totale des services. Et comme pour ajouter à la poisse de cette fin de journée, la pluie redouble de violence lorsque vous arrivez sur place…  

Participants

Salanael
Sucre
Bartabane
Chinot OTAKA
BlackPaw
Téréfra

Messages au fil du temps, par mois